VASTHYE
Le journal de Dame Prune (extrait)Aujourd'hui rien de valable dans mon assiette. J'ai beau renifler, je ne sais si la chaleur me rend fragile, mais cette odeur de porc ne me dit rien qui vaille. Je n'ai rien mangé depuis bientôt un jour et une nuit. J'ai beau tourner autour d'Elle, Elle ne veut rien comprendre.Elle me malmène un peu en ce moment. Elle a ses nerfs... Pourtant nous nous aimons. Entre nous, il y a longtemps déjà, alors que j'étais une enfant, ç'a été le coup de foudre. Je m'étais laissé attraper par une dame à la voix bonne, on m'avait caressée, réchauffée, nourrie et emmenée jusqu'à notre première maison. Elle avait ouvert la porte, avait parlé avec l'autre dame, m'avait fait des caresses et je ronronnais d'aise. A vrai dire,j'étais très fatiguée malgré mon jeune âge, par des jours de privations et j'étais étourdie de chaleur, de sympathie et de l'ingestion d'un repas. Elle disait : « Je ne peux pas la garder, "attends un autre chat qui est allé chanter à la lune... Oui oui elle est douce, mais je ne peux pas... »J'avais ouvert mes veux et L'avais regardée : « Un autre chat, bien sûr, mais je suis si petite... »Tout à coup il n'y avait plus eu la dame. J'étais dans Ses bras à Elle. Elle me consolait, me livrait Sa maison. Un peu plus tard Lui était arrivé. Il émanait d'Eux tant d'amour que je m'étais sentie environnée d'oiseaux et de souris vertes...Ah ah... Voilà Mère qui s'active autour de la réserve aux nourritures... J'espère encore... Mère me caresse le museau mais n'ajoute rien à mon assiette. Mère vient de dire que je suis de méchante humeur. Ma parole, les humains ne se voient pas...Mère, c'est la campagne d'Elle. L'une attend l'autre. Elles parlent musicalement avec les mots. J'arrive à bien comprendre leur langage maintenant. Elle vient de me faire signe. Ne répondons pas. Et mon repas alors ? En plus Elle a pris mon fauteuil et fait courir des signes noirs sur des feuilles blanches. Elle écrit.Mais Elle a du chagrin. Je sens l'odeur de Son chagrin. Je sens qu'Elle est malade depuis que Lui n'est plus là.Je me souviens. Ils m'avaient laissée un soir à la maison sur Leur lit, dans le châle d'Elle « pour que je sache qu'Ils allaient revenir bien vite ».Mais Ils ne sont pas revenus. Plus exactement pas revenus ensemble. Je Les ai attendus toute la nuit, toute la journée du lendemain. Je tremblai. J'appelai. Je sentais confusément que ce n'était pas « normal ». Puis Elle était revenue sans Lui et accompagnée de beaucoup de monde, la famille. Tout le monde pleurait. Elle avait très mal. Me caressait sans un mot, sans une larme. J'avais peur. J'avais compris que plus jamais je ne reverrais Lui. Que plus jamais Elle ne Le reverrait. Que plus personne ne Le reverrait. J'avais très peur. Peur qu'Elle me laisse. Peur qu'Elle parte aussi pour toujours...Je suis venue sur les genoux d'Elle. Manière de faire reculer l'odeur du chagrin. Quand Elle me dorlote, Elle doit moins penser à Lui... Et puis j'aime bien qu'on me dorlote. La vie est courte. Un peu d'égoïsme ne fait de mal à personne.VASTHYE"Quotidiens suivis de contes"
.Un recueil pour sourire et méditer
Sept Septarias
même endroit et n'y retrouva jamais d'autre septarias...Il était une fois une dame qui a vieilli, qui porte court des cheveux blancs, qui rêve encore de trouver une géode enfermant de l'eau ou un liquide autre dans ses flancs. Un liquide d'avant la vie.Extrait de "en écoutant chanter les pierres" Maison Rhodanienne de poésie

