Suzanne Blanc


 
La dame à la licorne.
La dame à la licorne, en sa verte prairie,
Parmi les renardeaux, les lapins et les fleurs,
Dans l’éparpillement de leurs vives couleurs,
Fait jouer son miroir sur cette féerie. 

La bête fabuleuse, en toute seigneurie,
Dresse et mire une corne aux pouvoirs enjôleurs :
Complicité, secrets, rites ensorceleurs
D’une parure étrange offerte à la magie !

 
Est-ce Claude de France ou bien Marie Tudor,
La beauté médiévale, ornée de pourpre et d’or,
Qui flatte de la main l’animal héraldique ?

 
Ici, tout est mystère et grâce du moment !
Un art moyenâgeux, foisonnant, magnifique,
Nous ouvre un paradis et son enchantement…

 

Paroles Dues à Aime Césaire
Il chante, à cœur perdu, son chant superbe et noir,
Il dira ce que nul encore n’osait dire :
« La parole essentielle, le fulgurant délire,
Dans sa faveur lucide et dans son désespoir.

Sous le masque des mots, la chatoyante image,
Entre les lucioles, les fleurs des balisiers,
Sous les eucalyptus et les mancenilliers,Une haute conscience délivre son message.
Dans son jargon* nocturne, au verbe d’ombre et d’or,
Il va tendre au tiers-Monde, ses mains larges ouvertes,
Aux atolls de corail, aux îles bleues et vertes,
A l’Afrique multiple, à celle de Senghor.

Sous un lyrisme obscur, de grâce et de violence
Paré de colibris, traversé d’alizés,
C’est le cheminement de son peuple brisé
Vers des matins ailés, offerts à l’espérance !                 
       
           
*Le mot est de Césaire.  

Plus jamais
Tout ce qui devrait être et ne sera jamais !
La maison convoitée, au flanc de la colline
Où montait, du ruisseau, la rumeur que j’aimais
Dans l’or des mimosas que l’hiver illumine.

Espoirs sans devenir et perdus désormais !
Tout ce qui devrait être et ne sera jamais !
Ce bateau blanc et bleu qui, dans le port, balance,
N’ira plus, voile au vent, sur la voile qui danse…
Voyageurs éblouis, dans le printemps de mai,
Revoir le Sahara, la Crête, l’Italie !...
Tout ce qui devrait être et ne sera jamais !
La vie de chaque jour, par l’amour embellie !

Les sentiers de soleil menant aux clairs sommets,
Nos labeurs partagés, la douceur quotidienne,
Ta main que je voulais pour toujours dans la mienne,
Tout ce qui devrait être et ne sera jamais !

 

L’amour courtois
« Beaux doux amis » d’Aliénor,
Troubadours épris d’Esclarmonde,
Vous avez enchanté le monde,
De courtoise et « fin’amor ».

Dans la langue de la belle Aude,
Aux vers jardins d’Azalaïs,
Fleuris d’aubépins et de lys,
Vois disiez vos lais et vos odes.

Vous portiez, sur l’amour sans lois,
Un regard nouveau, la caresse,
L’hermine et l’or de la tendresse,
Ses ris, ses jeux et ses émois.

Le désir même sublime :
Ce n’est plus un fleuve de feu,
C’est un ruisseau délicieux,
Une attente où chacun s’abîme…

Un preux vaillant, noble seigneur,
Se fait le vassal de sa Dame,
Dont l’âme s’enlace à son âme,
Comme, à l’arbre, une liane en fleur…

En pays d’oc, ce « bel usage »
Nous fait dire, avec humour :
« Nous avons inventé l’amour »,
Peut-être éclairé son visage ?... 

*à la mémoire de Guiraud Riquier Troubadour narbonnais

et Matfre Ermengaut auteur du « Bréviaire d’amour »



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