Jan de BOER
La flûte de jade
Lorsque le soleil a ses plus belles couleurs
Et erre à la fin de la journée - un œil rouge
Qui descend lentement entre les collines –
Je prends ma flûte de jade.Avec mon canot je glisse entre
Les cygnes et les lotus autour de l’île
Et reste seul dans les roseaux,
Le coup d'aile du hibou est une pensée du son,
Son cri ne décharge pas le silence.
Très loin à l'est l'écume soupire.
Des choses cruelles harcellent cette l’île :
Fratricide, discorde et corps à corps,
Parfois la rumeur d'un bouddha resurgit,
Mais les loups hurlent comme avant.Lorsque le clair, de lune transparait
À travers le bambou - étourdissements d'argent
Parmi des ombres en chasse farouche -
Je quitte mon refuge et nie laisse flotter
À un endroit où on rie ne voit plus rien du monde,
Là je lis ce que les étoiles écrivent,
Là je joue ce que mon âme me commande.
Quand il est mort le poète
Il a pensé:
Qu’il était un nul,
Qu’il ne serait jamais quelque chose,
Qu'il a failli dans tout,
Qu’il était incapable de faire un bon projet.
En dehors de cela il a eu beaucoup de rêves, visions oniriques confiées au papier, une rage d'écrire, poèmes classiques et libérés en pattes de mouche, dans son séjour sombre, les murs pourris d’humidité, affiche des salons littéraires, jamais visités, déchirées, une consolation insatiable : bouteilles vides, cendriers pleins.
Il est trouvé mort
Son corps avachi sur la chaise,
Sa tête sur le bureau,
Un verre mi-vide à côté,
Son dernier, poème
« la mort d'u poète" sur le sol devant la cheminée fumant.
Qu’est-ce que ça fait ou on vit comme ça ou autrement, les pompiers qui l'ont trouvé, ont vu un homme, qui ne saigne plus d'un millier de blessures,
Mais un poète qui a finalement vaincu sa vie.
L’Andalousie, le Guadalquivir, des milliers d'hectares d'oliviers,Plus haut les terres caillouteuses, sèches, l'amandier,Sur les plateaux les céréales: le blé dur et l'orge.
Un seul féodal des centaines de pauvres paysans saris terre,Se louant à la journée, abusés, épuisés: andalous et gitans qui vivent hors de l'Histoire dans une éternité de routine et de résignation Dans leurs cabanes si misérables, blanchies à la chaux,visages burinés, teint brun, leurs corps hiératiques.
Gris de poussière, je suis arrivé tard, un hameau à bras ouvert,
Ce soir pommes de terre ailloli, pois chiche, vin rouge,
Une guitare, une voix cassée, des palmas…
Une femme, vêtue de noir, pieds-nus, des yeux enflammés,
Une mantille dans les cheveux, s'est mise à danser, une solea,
La douleur d'un peuple perdu, une destinée assumée, c'était écrit…
J’ai tant pleuré pour elle et pour eux, elle m'a regardé, perturbée,
Nous nous sommes embrassés la nuit, une clarté menaçante,
Des rêves perdus d'une vie ensemble,
Derrière nos images nocturnes
Il y avait le parfum de jasmin et surtout de mort,
Un homme, une femme, comme des feuilles mortes dans le vent
Et ce que le vent veut, nous ne le saurons jamais.
Le soleil se lève, le soleil se couche,
La nuit succède au jour et le jour succède à la nuit,
Je suis parti depuis longtemps,
Fixé le feu clarifiant le sais que jamais
Je n’oublierai cette femme, née gitane, restée gitane,
A-a-a-a-y : ce cri de désespoir et de chagrin
Résonne encore dans les vallées de l’Andalousie,
A pris possession éternellement de mon âme.
Ne pleure pas gitane, je t'écrirai une lettre
J’emporte, une mèche de tes cheveux, dans un reliquaire.
No me Ilores gitana, que te escribo una carta
Que me Ilevo tu pelo en un relicario.
La retirada.
Sous la lune d'argent de Granada
il fait la tête avec les gitans,
ambiance flamenca d'une corrida.
il lutte avec des mots, sa poésie
et les cernes sous les yeux
il exige encore la liberté pour son peuple
dans les phares de la voiture de ses bourreaux.
La vengeance dans les ténèbres de la nuit,
une rafale de balles bat son âme de son corps,
éternellement taureau et torero en même temps.
Maman, ils ont tué Federico Garcia Lorca
fui avec mon petit frère la Guardia Civil
avant que la nuit d'encre ne tombe sur Espagne.
Un ciel d'azur au-dessus d'une petite ville ensommeillée
midi, elle donne le sein à son enfant,tranquillité,
vrombissements lointain d'avions,
guêpes tueuses avec des croix gammes,
le soleil s'éclipse, même le ciel est terrifié,
bombent tombent, bombes explosent, bombes tuent,
cris déchirants d'une mère, cadavres mutilés,
maisons écroulées, drapeaux rouges de feu,
du sang partout, la vie meurt dans des larmes.
Ma soeur, ils ont bombardé Guernica,
fui avec nos parents, cherche la liberté
avant que la nuit d'encre ne tombe sur l’Espagne.
La Mancha, un brun mortel, champ de bataille,
Don Quïchote contre les moulins, coupable, innocent,
je tue, tu tues, il tue, nous tuons, vous tuez, ils tuent,
je meurs, tu meurs, il meurt, nous mourons, vous mourez, Ils meurent plongés dans la pénombre prêtres en noir,
derrière leurs mots encore le chevalet, le bucher,
une guerre perdue, pelotons d'exécution,
charniers de ceux qui ont cru à la vérité,
pensées des disparus dispersées dans le vent.
Mon amour, je vais mourir, je t'aime,
Lorsque le soleil a ses plus belles couleurs
Et erre à la fin de la journée - un œil rouge
Qui descend lentement entre les collines –
Je prends ma flûte de jade.Avec mon canot je glisse entre
Les cygnes et les lotus autour de l’île
Et reste seul dans les roseaux,
Le coup d'aile du hibou est une pensée du son,
Son cri ne décharge pas le silence.
Très loin à l'est l'écume soupire.
Des choses cruelles harcellent cette l’île :
Fratricide, discorde et corps à corps,
Parfois la rumeur d'un bouddha resurgit,
Mais les loups hurlent comme avant.Lorsque le clair, de lune transparait
À travers le bambou - étourdissements d'argent
Parmi des ombres en chasse farouche -
Je quitte mon refuge et nie laisse flotter
À un endroit où on rie ne voit plus rien du monde,
Là je lis ce que les étoiles écrivent,
Là je joue ce que mon âme me commande.
Quand il est mort le poète
Il a pensé:
Qu’il était un nul,
Qu’il ne serait jamais quelque chose,
Qu'il a failli dans tout,
Qu’il était incapable de faire un bon projet.
En dehors de cela il a eu beaucoup de rêves, visions oniriques confiées au papier, une rage d'écrire, poèmes classiques et libérés en pattes de mouche, dans son séjour sombre, les murs pourris d’humidité, affiche des salons littéraires, jamais visités, déchirées, une consolation insatiable : bouteilles vides, cendriers pleins.
Il est trouvé mort
Son corps avachi sur la chaise,
Sa tête sur le bureau,
Un verre mi-vide à côté,
Son dernier, poème
« la mort d'u poète" sur le sol devant la cheminée fumant.
Qu’est-ce que ça fait ou on vit comme ça ou autrement, les pompiers qui l'ont trouvé, ont vu un homme, qui ne saigne plus d'un millier de blessures,
Mais un poète qui a finalement vaincu sa vie.
L’Andalousie, le Guadalquivir, des milliers d'hectares d'oliviers,Plus haut les terres caillouteuses, sèches, l'amandier,Sur les plateaux les céréales: le blé dur et l'orge.
Un seul féodal des centaines de pauvres paysans saris terre,Se louant à la journée, abusés, épuisés: andalous et gitans qui vivent hors de l'Histoire dans une éternité de routine et de résignation Dans leurs cabanes si misérables, blanchies à la chaux,visages burinés, teint brun, leurs corps hiératiques.
Gris de poussière, je suis arrivé tard, un hameau à bras ouvert,
Ce soir pommes de terre ailloli, pois chiche, vin rouge,
Une guitare, une voix cassée, des palmas…
Une femme, vêtue de noir, pieds-nus, des yeux enflammés,
Une mantille dans les cheveux, s'est mise à danser, une solea,
La douleur d'un peuple perdu, une destinée assumée, c'était écrit…
J’ai tant pleuré pour elle et pour eux, elle m'a regardé, perturbée,
Nous nous sommes embrassés la nuit, une clarté menaçante,
Des rêves perdus d'une vie ensemble,
Derrière nos images nocturnes
Il y avait le parfum de jasmin et surtout de mort,
Un homme, une femme, comme des feuilles mortes dans le vent
Et ce que le vent veut, nous ne le saurons jamais.
Le soleil se lève, le soleil se couche,
La nuit succède au jour et le jour succède à la nuit,
Je suis parti depuis longtemps,
Fixé le feu clarifiant le sais que jamais
Je n’oublierai cette femme, née gitane, restée gitane,
A-a-a-a-y : ce cri de désespoir et de chagrin
Résonne encore dans les vallées de l’Andalousie,
A pris possession éternellement de mon âme.
Ne pleure pas gitane, je t'écrirai une lettre
J’emporte, une mèche de tes cheveux, dans un reliquaire.
No me Ilores gitana, que te escribo una carta
Que me Ilevo tu pelo en un relicario.
La retirada.
Sous la lune d'argent de Granada
il fait la tête avec les gitans,
ambiance flamenca d'une corrida.
il lutte avec des mots, sa poésie
et les cernes sous les yeux
il exige encore la liberté pour son peuple
dans les phares de la voiture de ses bourreaux.
La vengeance dans les ténèbres de la nuit,
une rafale de balles bat son âme de son corps,
éternellement taureau et torero en même temps.
Maman, ils ont tué Federico Garcia Lorca
fui avec mon petit frère la Guardia Civil
avant que la nuit d'encre ne tombe sur Espagne.
Un ciel d'azur au-dessus d'une petite ville ensommeillée
midi, elle donne le sein à son enfant,tranquillité,
vrombissements lointain d'avions,
guêpes tueuses avec des croix gammes,
le soleil s'éclipse, même le ciel est terrifié,
bombent tombent, bombes explosent, bombes tuent,
cris déchirants d'une mère, cadavres mutilés,
maisons écroulées, drapeaux rouges de feu,
du sang partout, la vie meurt dans des larmes.
Ma soeur, ils ont bombardé Guernica,
fui avec nos parents, cherche la liberté
avant que la nuit d'encre ne tombe sur l’Espagne.
La Mancha, un brun mortel, champ de bataille,
Don Quïchote contre les moulins, coupable, innocent,
je tue, tu tues, il tue, nous tuons, vous tuez, ils tuent,
je meurs, tu meurs, il meurt, nous mourons, vous mourez, Ils meurent plongés dans la pénombre prêtres en noir,
derrière leurs mots encore le chevalet, le bucher,
une guerre perdue, pelotons d'exécution,
charniers de ceux qui ont cru à la vérité,
pensées des disparus dispersées dans le vent.
Mon amour, je vais mourir, je t'aime,

